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photo1 Les quatre grands pièges qui empêchent les investisseurs de gagner beaucoup d'argent en bourse

Charles Dereeper est le fondateur des éditions Edouard Valys. Ancien courtier chez BNP PARIBAS sur les produits dérivés, trader pendant six ans sur les actions et les indices boursiers, mais également rédacteur ayant publié plus de deux cents articles à la Tribune, à La Vie Financière et pour le compte de banques et asset managers, il a rencontré au cours des dix dernières années plus de 450 traders, arbitragistes et gérant de fonds. Le contact auprès de centaines de lecteurs a encore enrichi sa vision. Voici donc en synthèse tout ce qu’il faut faire selon lui pour échouer en bourse…

 
(interview exclusive réalisée en août 2005)
 
 
 
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Edouard Valys Editions : C’est un fait, au-delà de cinq années, nombreux sont les investisseurs, même parmi les professionnels, à ne pas parvenir à au moins égaler la performance des indices boursiers. Pourquoi ?

Charles Dereeper : La bourse est un jeu à la fois simple et compliqué. Il n’existe aucune solution ni aucune explication définitive, tel un axiome en mathématique. J’ai pour ma part simplement pu constater certains phénomènes répétitifs au niveau des échecs. J’ai en effet rencontré tellement de prétendants et apprentis traders dans ma vie. La plupart ont quitté les marchés financiers au fil des années. Rares sont ceux à rester encore dans la partie, en particulier parmi le groupe de quarante personnes que j’appelais chaque semaine pour le compte de La Tribune, afin d’établir un consensus de marché sur le CAC 40 (à l’issue de ces appels, un décompte était réalisé de manière à obtenir le pourcentage de spéculateurs haussiers pour la semaine à venir par rapport aux baissiers. Bien sûr, pratiquement à chaque fois, dès lors que l’indicateur dépassait les 75% dans un sens, la tendance du CAC 40 se renversait dans le sens opposé la semaine suivante. Trop d’acheteurs par exemple entraînaient mécaniquement la baisse, car plus personne n’était là pour payer ! Cette expérience a été menée et publiée entre 1994 et 1997).

Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que les causes expliquant souvent en grande partie les échecs en bourse sont souvent les mêmes. Et surtout, elles n’ont pas varié depuis quinze ans. Et probablement depuis toujours ! Basiquement, il existe deux groupes de pièges, les premiers sont purement techniques et intellectuels et les deuxièmes sont psychologiques !

 
 
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Edouard Valys Editions : Commençons par un piège technique !

Charles Dereeper : De nombreux intervenants échouent en bourse parce qu’ils sont sous capitalisés ! Ce n’est pas une nouveauté. Tout le monde parle en effet de la sous capitalisation, mais l’analyse s’arrête souvent à ce stade. Qu’est-ce que la sous capitalisation en réalité ? Jouer en bourse implique de consacrer du temps et des moyens à cette activité. Le temps n’est pas rémunéré comme un salarié. En outre, plus le temps passe et plus les charges de vie s’accumulent. Loyers, nourritures, électricité, assurance… Il faut pouvoir financer. Une personne qui souhaite jouer en bourse à plein temps a un pistolet comptable braqué sur la tempe en permanence. Si le capital de départ n’est pas suffisant pour déjouer ce premier piège, l’étouffement est pratiquement mécanique. Souvent, les particuliers se demandent avec combien démarrer. Personnellement, je recommande de calculer l’intégralité des charges annuelles de vie et de multiplier par dix pour obtenir le capital minimum. Le premier gain de 10% sert à couvrir les charges, ce qui permet de s’acheter une tranquillité d’esprit pour le reste des mois de l’année.

La sous capitalisation doit directement être reliée avec la courbe d’apprentissage. Jouer à la bourse est un art qui nécessite au départ la maîtrise technique des cours de bourse. Toute la question est de savoir si la courbe d’apprentissage augmente suffisamment vite par rapport à celle de l’étouffement comptable… Après douze années passées sur les marchés financiers, je ne prends pas grand risque à affirmer que la majorité des échecs proviennent du fait que l’étouffement comptable est plus rapide !

 

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Edouard Valys Editions : Pourquoi faut-il alors autant de temps pour apprendre à gagner en bourse ?

Charles Dereeper : C’est le deuxième grand piège notoire. Rien n’est fixe ni définitif en bourse. Tout est cyclique et éphémère. Et surtout, les marchés changent les règles du jeu au fur et à mesure que la majorité des intervenants les découvrent. Un marché financier ne peut exister que lorsqu’une minorité de gens gagne et une majorité perd ! La réponse à la question est donc implicite. Pourquoi la courbe d’apprentissage est si longue, tant et si bien que l’étouffement comptable gagne la bataille pratiquement à tous les coups ? Tout simplement, car la courbe d’apprentissage est infinie et multiple. Or, les intervenants en bourse fonctionnent en total décalage par rapport à cette réalité. On peut vraiment parler ici de fantasme. Tout le monde est à peu près convaincu qu’il existe une technique, une méthode ou une approche qui permet de gagner régulièrement et durablement de l’argent en bourse. Conséquence, chacun cherche en permanence la méthode qui traverse le temps sans encombre. En réalité, c’est un leurre. Il existe effectivement en permanence selon les différentes époques des méthodes miracles… sauf que leur durée de vie est limitée, de quelques mois à quelques trimestres.

Je suis copain avec des génies du trading. A force de parler avec eux, l’évidence saute aux yeux. Ce sont soit des grands intuitifs qui reçoivent l’inspiration des hautes sphères, soit des monstres d’adaptation. Les traders qui réussissent en s’adaptant ont un incroyable sens de l’observation. Ils perçoivent le changement de règles du jeu en temps réel ou avec un très faible décalage. Ils vont perdre deux ou trois fois puis, ils vont sentir que ce qui marchait depuis un an, est en train de muter. Et ils vont chercher à identifier comment il faut désormais intervenir sur le marché, en modifiant leur technique et approche. La plupart des investisseurs ont au contraire un penchant naturel à désirer une approche fixe. Les médias financiers ont également un penchant naturel à juger les marchés à partir d’un niveau stable qui leur sert de référence, quand bien même les plus grands spéculateurs comme Georges Soros expliquent que l’instabilité est la nature des marchés financiers. La stabilité est une chimère. Ils arrivent que les marchés soient en situations de faibles ou de forts déséquilibres, mais stables, jamais !

 
 
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Edouard Valys Editions : Comment fait on pour s’adapter ?

Charles Dereeper : Je pense qu’il faut être responsable et sérieux, avec une représentation réaliste de la situation ! Soit l’intervenant a naturellement un sens aigue de l’observation et de l’adaptation et il va passer sans encombre le premier piège de l’étouffement comptable. Soit, le talent manque et il faut alors acheter des livres, des revues, se documenter et travailler pour comprendre l’architecture des cours de bourse. Ce n’est pas tout. En plus de ce travail, il est nécessaire de disposer de souplesse intellectuelle, de manière à ne pas s’enfermer dans une approche précise. Faire une chose pendant un an et son contraire l’année suivante, tels sont les enjeux paradoxaux de l’investissement en bourse. De toute façon, soyons sérieux, pour battre les marchés financiers, les moyens sont limités. Soit l’intervenant se spécialise sur une technique précise qui exige un comportement type dont il faut en permanence rechercher la présence, en sautant des devises aux matières premières, des changes aux indices boursiers et actions, en changeant donc de marchés.

Soit, deuxième possibilité, l’intervenant ne se spécialise pas sur une technique mais sur un marché (la majorité des investisseurs adoptent de manière inconsciente ce choix). Auquel cas, l’adaptation se traduit par un changement perpétuel des méthodes d’investissement. Il faut donc disposer de la capacité d’ajustement rapide des stratégies, en fonction des mutations de comportements des marchés financiers. L’effort de documentation sur la reconnaissance des configurations est donc maximal à ce niveau. Je ne connais pas d’autres moyens, à moins d’accepter de ne pas gagner pendant six mois, un an, deux ans… Mais définitivement, rechercher et croire en l’existence d’une technique qui permette sur un même marché de gagner durablement de l’argent est un piège qui explique l’échec de très nombreux investisseurs. Et surtout, cet écueil rallonge la courbe d’apprentissage, ou du moins, l’atteinte du seuil minimum permettant de vivre du trading.

 
 
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Edouard Valys Editions : Passons aux pièges psychologiques.

Charles Dereeper : Jouer en bourse est une activité très sévère. En cas d’erreur, il est impossible de tricher. La sanction est immédiate. Contrairement à de nombreuses activités humaines où le contrôle de l’efficacité est plus que sommaire. Je citerais en tête les politiciens… Il n’est pas possible de « brasser du vent » avec des positions boursières. Le résultat est en effet binaire : gain ou perte. Conséquence, le troisième écueil est celui des activités cognitives des êtres humains. Penser est une chose, réaliser en est une autre. Il faut savoir s’observer, dénicher les comportements inefficaces chez soi, s’adapter, débloquer, progresser. Croire qu’on peut jouer en bourse à la légère et gagner par hasard, sans réfléchir, a un prix, celui de l’argent que chacun perd tôt ou tard. Je suis assez étonné par les gens. Ce troisième piège est un tabou.

Nous commençons certes à tolérer en France que des sportifs de haut niveau aient besoin de « préparateurs mentaux » (autant les appeler par leur nom, des psychologues ou des psychothérapeutes). Mais amusez vous trois secondes à parler de psychothérapie adaptée aux traders ou aux investisseurs et le silence est immédiatement de rigueur. Pourtant, il n’y a pas grande différence entre jouer à la bourse toute la journée et pratiquer un sport de compétition à haut niveau. Encore une fois, du haut de mes biens modestes centaines d’interviews, je pense que le chaos est plus souvent présent dans la tête des intervenants que sur les marchés financiers eux mêmes… A un moment, il faut savoir s’analyser et juger son efficacité à réaliser des opérations de spéculation boursière. Faire l’impasse sur cette nécessité relève du suicide financier !

 
 
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Edouard Valys Editions : Deuxième piège psychologique ?

Charles Dereeper : Il s’appelle la frustration. Quiconque joue en bourse se surprendra à effectuer des opérations non réfléchies, spontanées, et disons les mots qui font peur, impulsives et incontrôlables. J’ai longtemps cherché des explications sur ce sujet. D’autant que la plupart des intervenants ne parvient pas (troisième écueil) à diagnostiquer qu’ils prennent de bonnes ou mauvaises décisions, les performances obtenues n’étant finalement dues qu’au seul hasard. Ce hasard parvient à faire illusion à court terme. Mais dès qu’une analyse du comportement d’un intervenant est entreprise sur une période d’au moins cinq ans, la vraie réalité surgit. Pour 90% des joueurs de bourse, celle-ci est négative ! J’ai fini en réunissant tous les témoignages accumulés au fil des années à mettre un nom sur ce diable caché qui berne sans cesse l’être humain : la frustration.

Ce sentiment est le plus vicieux des pièges de la spéculation boursière. Il est à l’origine de comportements typiques tels, le joueur qui augmente la taille de ses positions après une série de pertes afin de se refaire rapidement, car il ne veut pas finir la séance en perte. Ou celui qui supporte mal, sans le savoir, l’idée de passer des semaines entières derrière un écran à jouer en bourse, alors qu’il est fait pour le contact humain. La frustration intervient beaucoup au moment où les positions et les comptes sont en pertes. J’ai suffisamment passé de temps en salles de marchés. Il suffit de regarder l’attitude corporelle d’un trader pour savoir s’il perd ou gagne. Comme au poker.

La frustration joue également un rôle lorsque les marchés sont sans intérêt, les intervenants devant alors attendre, en tuant le temps. Combien craquent, prennent une position pour s’occuper et finissent par perdre au lieu de rester patients quelques heures de plus ? La frustration guette dans l’ombre lorsqu’un intervenant coupe une position haussière légèrement gagnante juste avant une envolée du marché. La fois suivante, le joueur fait un effort et attend un peu plus longtemps. Pas de chance, le marché se retourne cette fois-ci à la baisse. Et c’est la perte. Bref, elle est partout. Jouer en bourse peut se révéler particulièrement énervant. Il est primordial d’apprendre à canaliser et à ne pas utiliser les marchés financiers comme support de ses refoulements. Un psy coûte nettement moins cher, franchement…

Les traders de génies parlent tous de souffrance (ils ont tous en effet un seuil de gains et de pertes journaliers au-delà duquel ils sont affectés), mais ils ne se rendent pas compte qu’ils ont un don pour dealer leur frustration et la contrôler, tandis que la majorité des joueurs de bourse en sont réduits à la subir. Dernier point, la frustration est un sentiment qui a des racines profondes. Ce n’est pas parce que vous êtes riche que vous serez immunisé, les pertes étant censées ne pas avoir d’impact sur votre vie. J’ai rencontré des dizaines d’anciens riches qui ont perdu parfois l’intégralité de leur fortune pour ne pas avoir compris et accepter la présence en eux de la mécanique rouillée de la frustration. Le principal ennemi est en vous dans le trading. C’est une certitude.

 
 
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Edouard Valys Editions : Tout ceci ne donne pas très envie de jouer en bourse…

Charles Dereeper : Si au contraire. C’est une expérience qu’il faut absolument tenter. Imaginez quelques instants que vous découvriez par hasard que vous avez suffisamment de talent pour trader. C’est votre vie entière qui sera modifiée. Regardez Vincent Baron (interview publiée sur le site www.edouardvalys.com/archives.jsp) qui était smicard dans une agence de voyage. Aujourd’hui, il vit quelque chose d’inespéré. Sylvain Duport étudiant à 23ans ne se doutait pas non plus qu’il transformerait 750 euros en deux millions d’euros à 26 ans. Je connais des dizaines de personnes qui ont changé leur vie. Elles ne veulent pas témoigner à cause du comportement des fonctionnaires des impôts. Je leur propose au moins une fois par trimestre de faire un livre, même sous pseudo, avec absence de droits d’auteurs pour empêcher l’identification. Et pourtant, la peur est trop forte. Croyez moi, ils existent de nombreux français qui sont parvenus à franchir le premier obstacle de la courbe perpétuelle d’apprentissage sans étouffer financièrement. Tous les traders ont commencé par perdre. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui n’a pas pris un bouillon initial ! Mais acculés dans la perte, certains se retournent, se révèlent à eux mêmes et s’envolent, devenant alors de véritables artistes de la spéculation tandis que la très grande majorité sombre. Il est impossible de savoir avant d’avoir jouer. Il faut essayer.

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